Samedi 17 octobre 2009
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Toute l'équipe s'agglutine devant les plannings fraîchement affichés. Chacun repère, agenda en main, le jour où on leur confiera
les commandes du nouveau logiciel. On remplace le vieux par du neuf, tout le monde doit se faire la main, chaque collaborateur devra y travailler pendant une
journée, à tour de rôle, avec si besoin l'appui d'un formateur.
C'est assez drôle de voir comment les personnes réagissent quand arrive leur tour : il y a Su qui panique, Mamie qui s'agace, Kiki qui le fait à la
cool... Puis c'est à moi. Je m'installe devant la machine, sérieuse, sans aucune appréhension. Le boulot, c'est le boulot, je ne rechigne jamais à la tâche, je m'adapte facilement et ce
système est simple d'utilisation. J'allume l'ordinateur quand la responsable d'exploitation déboule : "Allez vous asseoir à votre poste habituel, il y a beaucoup de travail sur notre nouveau
logiciel et on a donc besoin de quelqu'un de compétent pour aller vite. Je vais y mettre Mister X ! " Mister X : le beau gosse qui ne s'ignore pas, très
"monsieur-je-sais-tout" qui arrive avec son petit sourire condescendant... J'ai confiance en mes capacités, je ne me démonte pas : " Il est certes plus ancien
que moi dans l'entreprise, mais tout aussi novice que moi sur ce système ! Vous savez que je travaille efficacement ! Ne vous inquiétez pas : c'est moi qui suis prévue sur cette journée, je vais
gérer sans aucun problème, soyez en sûre ! " lui dis-je. Du tac au tac, elle répond : " Oui mais lui, il comprend vite ! " L'affront
!
Je passe sur la main orgueilleuse qui m'aide à évacuer le secteur au plus vite...
Le lendemain... Je me mets à l'oeuvre à ma place habituelle, quand la responsable déboule encore. Décidément ! " Oh la la, votre collègue est débordée sur le
nouveau logiciel, j'ai besoin d'une personne consciencieuse et compétente aujourd'hui ! Allez prendre le poste !" Yeux ébahis de ma part, j'ai dû mal comprendre. " Vous pensez que j'ai reçu un cerveau pendant la nuit ? Si je ne comprenais pas hier, je ne comprendrais pas plus aujourd'hui ! "
Non mais !
(J'ai finalement cédé, sur la demande du directeur auprès duquel elle est allée chouiner... Celui-ci m'a sorti un argument irrésistible, forcément : " Nous
avions besoin d'un excellent élément sur notre ancien système, hier. C'est pour ça que vous étiez indispensable sur ce poste ! Mais aujourd'hui, c'est ici qu'est votre place... Si vous ne le
faites pas pour elle, faites le pour moi ! " Bon, ben dit comme ça !)
Par Maestria
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Publié dans : In "ze" boite (qui m'emploie) !
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Jeudi 15 octobre 2009
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Discours d'une mère bien
attentionnée qui veille sur les premiers apprentissages de son enfant, soucieuse de son avenir et de son évolution sociale : " Si tu veux réussir dans la vie, il faut bien
apprendre à l'école ! "
Avis aux décideurs ! La mode semble plutôt à l'éducation au rabais ! On dégrade petit à petit les conditions d'enseignement, on habitue nos chères têtes
blondes (les brunes aussi !) à la crise ! Le gouvernement a d'abord décidé de réduire le temps scolaire, tout en chargeant un peu plus les programmes, puis de supprimer progressivement les
postes RASED, ces professionnels spécialisés dans l'accompagnement des enfants en difficulté scolaire. Après ces quelques mesures propres à créer une société élitiste, l'Inspection Académique a
décidé de surenchérir. Ben oui, sinon, c'était pas drôle !
Ensuite, c'est un peu comme la roulette russe, on espère que l'école de nos petits ne sera pas touchée et boum ! la décision tombe comme un couperet et ça fait mal. La cible actuelle ? La Maternelle Jules Ferry, Argenteuil, Val d'Oise. L'Académie a brutalement fermé une classe à la rentrée. Si petits, les enfants se
retrouvent à 30 par classe. À un âge où ils doivent intégrer les premières règles de la socialisation et les bases de la connaissance, apprivoiser leur
autonomie naissante, il sont presque parqués comme des "animaux de batterie". Comment les enseignants peuvent-ils encadrer pertinemment de si jeunes élèves, comment peuvent-ils repérer les
difficultés, comment peuvent-ils apporter un soutien plus personnalisé alors que ces petiots sont en surpopulation ?
C'est l'usine !
Les parents ont alors souhaité agir pour rétablir les droits de ces enfants, pour mettre en place des conditions
d'accueil plus appropriées à leurs besoins.
L'incroyable...
L'Inspecteur d'Académie reste fermé au dialogue. Et pourtant, la mobilisation prend de plus en plus d'ampleur : les parents ont
procédé à l'occupation de l'école, au blocage de celle-ci, puis ils ont fini par ouvrir une 8ème classe improvisée, gérée par leurs bons soins. Les élus se sont joints à leur combat : Député,
Sénateur, Maire... Une motion de soutien concernant l'action des parents en lutte a été votée par le Conseil Municipal. D'autres écoles ont fait preuve de solidarité, en
envoyant des courriers, des mails à l'Inspecteur. Les médias ont relayé l'information...
À un tel niveau de responsabilité, on pourrait penser que cet Inspecteur privilégierait les intérêts des enfants. Mais jusqu'à présent, les parents doivent faire face à une surprenante
indifférence. Peut-on considérer ça comme une préselection arbitraire concernant le futur marché du travail de cette
génération ?
Aujourd'hui plus que jamais, il faut rétablir l'égalité des chances.
Dimanche 27 septembre 2009
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" En intégrant notre société, vous commencerez par deux mois de formation : un mois de théorie où vous vous
posterez en observatrice, où l'on vous initiera au fonctionnement de notre service et de nos logiciels, un mois pratique où vous travaillerez en binôme avec un chef d'équipe, qui vous
épaulera. Ensuite, vous devriez pouvoir travailler en autonomie."
C'est de bonne guerre. Je ne me voyais pas me jeter dans la gueule du loup, devoir être opérationnelle à peine le pied posé en terre inconnue. La période
d'adaptation me parait quand même un peu longue. Cette phase instructive couvre carrément la période d'essai ! Enfin je ne me pose pas plus de question. Le sérieux de cette entreprise se
mesure à la qualité de son encadrement. Ce n'est pas pour rien que j'ai postulé dans cette firme internationale !
Dans les faits, c'est plus compliqué. Je déboule en plein coup de feu, on m'accueille avec un rapide sourire, on m'installe dans un coin. "Désolé, on n'a pas le temps de s'occuper de
toi ! Commence par lire le cahier de procédures, tu devras les connaître pour bosser correctement." Je me retrouve devant une liste de code, de termes techniques et de règles qui ne veulent
absolument rien dire pour moi. C'est un peu comme demander à quelqu'un de déchiffrer un texte en chinois alors qu'il n'a jamais appris la langue...
Forcément, personne ne peut m'accorder une poignée de minutes pour m'expliquer. En revanche, on me trouve une nouvelle occupation. "Tu sais faire du classement par
ordre alphabétique ? Alors voilà pour toi ! " Me voici réduite à faire le tri d'une paperasse que l'on a dû accumuler depuis la création du secteur.
Mais je bosse vite. Je regarde bientôt les mouches voler. Je prends alors une bonne initiative : je me rapproche de mes collègues pour observer leur
façon de travailler. Il y en a une particulièrement avenante qui me convie à sa table, sûre d'elle. Elle me délivre moult conseils et rcommandations, je prends des notes. C'est alors que j'apprends qu'elle a été mutée à ce poste depuis le matin même !
On me trouve enfin une place le lendemain : je dois saisir des fax sur informatique. Rien de plus simple. J'y reste une bonne semaine. Voilà qui fait office de
formation. On me demande maintenant d'assurer les appels téléphoniques ! Et le petit accompagnement prévu ? La chef se plante à côté de moi, met le bigophone sur haut-parleur et blablabla,
blablabla, avec un débit de dix mots à la seconde fait le tour de la demande. Elle fait cavaler ses doigts sur le clavier du PC pour me montrer la manipulation, ok, c'est bon, t'as
compris ? À ton tour ! C'est ce qui s'appelle apprendre sur le tas !
Au bout de quelques semaines de pratique fructueuse, je me rends compte qu'une de mes collègues ne s'occupe jamais des appels. " J'aimerais bien, me dit-elle, mais je n'ai jamais été
formée." Bon, ben je peux te former, moi ! Le boss apprécie ma démarche. Je m'installe et je lui montre... Elle avait été embauchée 6 mois avant
moi...
Mardi 22 septembre 2009
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Un CV envoyé pour un job hallucinant, à 10 000 lieues de ce que je sais faire... Un appel de la boîte trois jours plus tard
pour me proposer un poste complètement différent, à 10 000 lieues aussi de ma formation et de mes compétences... C'est la première fois qu'on me répond aussi
vite, première fois que l'opportunité est aussi alléchante : lieu de travail à proximité de chez moi, salaire plutôt attractif. Il faut que j'assure.
Je convoque ma meilleure amie pour un coaching vestimentaire. Avec elle, les préparatifs pour un entretien d'embauche sont aussi mouvementés que pour un mariage. J'investis les cabines
d'essayage, je défile, me change et me rechange, pour finir fagotée avec un infâme tailleur-jupe marron.
— " Et surtout, tu mettras tes lunettes, ça fait plus sérieux ! " Ok ! Je débarque donc dans les locaux de (bip...) déguisée en grand-mère, cheveux
tirés en arrière en chignon serré, pour tenter de convaincre le patron que je suis bien la femme de la situation.
Open space sympa, population plutôt "djeun" qui me regarde comme une extra-terrestre, on m'appelle même "madame" ! Je maudis intérieurement ma copine et m'engouffre dans le bureau.
Grande inspiration, je m'apprête à bien réciter ma leçon ; il faut dire que je ne manque pas d'entraînement, vu le nombre d'heures passées à expliquer à mon miroir, d'une voix posée,
mon parcours professionnel et justifier les trous dans mon CV. Rien ne se passe vraiment comme prévu, en fait. Le recruteur me présente
l'entreprise, les responsabilités qui m'attendent, le salaire... Puis on s'intéresse enfin à mon savoir-faire : " — Vous savez répondre au téléphone ? — Euh, oui... — Vous savez vous servir d'un
ordinateur ? — Euh, oui aussi ! — Très bien, vous êtes parfaite ! "
Ah, ben ce n'était pas bien difficile, finalement !
C'est là qu'on m'annonce l'amplitude horaire : 6 h / 22 h, en décalé, 7 j / 7 y compris les jours fériés. Côté organisation avec les enfants, ça risque de coincer. Le responsable
d'exploitation me demande de réfléchir et de lui donner ma réponse avant la fin de la semaine. Ce n'est pas dans le sens inverse que ça se passe, normalement ?
Je me sens sur le point de faire la fine bouche quand un grand blond bien bâti entre dans la pièce pour saluer le boss. La place va peut-être m'intéresser,
finalement !